Une nouvelle semaine a commencé, après un week-end bien occupé.

Samedi, mes parents et moi sommes allés récupérer des affaires dans l’appartement de mes grands-parents maternels. Sensation étrange que de choisir de la vaisselle et des livres appartenant à des personnes encore en vie mais qui ne peuvent plus en jouir. Sensation étrange, aussi, que de revoir ce petit appartement, qui m’a semblé appartenir à une autre vie après tout ce temps. Six ans, peut-être plus, que je n’y étais pas retournée. Seules de tristes traces noirâtres sur les papiers peints rappelaient qu’il y avait eu des meubles. Vides, les pièces étaient sinistres et misérables. Les quelques derniers effets de mes grands-parents étaient entassés dans des caisses en plastique, comme pour un ultime déménagement. J’aurais cru ressentir un plus gros choc en pénétrant, des années après, dans ce lieu familier et anciennement chaleureux où la peur cheminait de concert avec le bonheur. J’ai simplement été triste.

Avec mélancolie, j’ai récupéré quelques trucs utiles et puis des livres. Bien que d’un milieu très modeste (mon grand-père était ouvrier chez Berliet et ma grand-mère domestique puis femme au foyer), mes grands-parents étaient des gens curieux et désireux de s’instruire. J’ai emporté avec moi les Carnets du major Thompson de Pierre Daninos que j’avais lu il y a longtemps et qui m’avait bien fait rire à l’époque. J’ai aussi pris deux gros livres qui m’avaient fascinée dans mon enfance, sur « les mystères du monde » et les « phénomènes inexpliqués » (l’Île de Pâques, les Nazcas, les ovnis…) ainsi que les rares BD rafistolées qui traînaient encore, notamment le premier Rubrique-à-Brac avec lequel j’avais découvert Gotlib. Je l’ai d’ailleurs donné à mon frère qui, par principe, ne voulait rien qui ait appartenu à mes grands-parents mais dont la bibliothèque a besoin de s’étoffer un peu.

Il y a quelques jours, je suis tombée sur d’anciennes photos que papa triait. Combien de secrets et mensonges les familles dissimulent-elles derrières les poses souriantes ?

Le soir, Djé est venu manger des crêpes avec nous. Nous avons voulu faire voir le Couperet à nos parents mais maman n’a pas tenu devant la noirceur du sujet. Du coup, on s’est rabattu sur les inaltérables Aventures de Rabbi Jacob qui me font toujours pleurer de rire (même après l’avoir vu trois fois en trois semaines !) J’ai le rire aussi facile que la larme.

Dimanche a été plus solaire. Comme il faisait beau, j’ai eu très envie de profiter du soleil après ces mois de grisaille interminable qui m’ont plombé le moral. Djé (et sa chienne E.T.), Nico et moi sommes donc allés nous balader dans les Monts d’Or. Au sommet du mont Thou, le vent glacial nous a décollé les oreilles et le nez, mais le grand air nous a fait du bien. Au retour, ce bol d’oxygène nous ayant un peu saoulés, c’est dans un semi-coma que j’ai fini la soirée, les doigts de pieds frigorifiés sous une doudoune, un châle et des coussins.

Aujourd’hui, j’ai profité de mes derniers jours sur Lyon. Maman et moi sommes allées au parc de Miribel prendre un peu l’air et le soleil et, ce soir, je suis allée dîner chez Rom’s et Sylvie.

Rom’s – j’en parlerai une prochaine fois – est un ami du lycée, l’un des rares que j’ai gardés. Nous nous sommes rencontrés au détour d’une table du lycée, parce qu’il aimait dessiner et que j’aimais dessiner. Grâce à nos correspondances sur bureaux, nos heures de cours furent moins longues et plus romanesques. Je ne sais pas comment lui et moi avons pu avoir notre bac parce que, quand je repense au lycée, je ne me souviens de rien, sauf du fait que je courais, dans chaque salle, comme une dératée à ma place attitrée pour lire les réponses que m’avaient faites mes correspondants, les recopier sur mon cahier de brouillon et y répondre, sans oublier d’y adjoindre, lorsque le prof n’était pas trop regardant, une oeuvre éphémère au crayon de papier. Rom’s, c’est donc un ami de cette époque.

J’ai eu l’honneur d’être témoin à son mariage l’an passé (bon, il n’a toujours pas reçu de cadeau de mariage, mais je n’oublie jamais ce que je dois ^^) et, bien qu’il soit finalement aussi paresseux que moi en « keepintouching » (2 ou 3 bonjours sur msn, 1 ou 2 mails de temps à autres), nous essayons de nous voir de loin en loin (2 ou 3 fois par an, huhu). Ce soir, ça a été vraiment sympa (il imite super bien les bruitages d’Albator ^^) et j’ai vu le home sweet home que lui et sa femme se sont aménagé. Trop mignon !

Après les avoir quittés, je ne suis pas rentrée immédiatement à la Croix-Rousse. J’ai décidé de retourner dans le village où j’ai passé la deuxième partie de mon enfance, V. et ses environs. Notre ancien lotissement n’a pas trop changé. Dans la nuit, il m’a paru fantômatique et comme sorti d’un cauchemar. Encore un vestige d’une vie parallèle. J’ai revu notre précédente maison, mais pas assez distinctement pour remarquer de notables modifications, en dehors du portail noir un peu lugubre. Ensuite, je suis montée un peu plus haut au-dessus du lotissement.

Les vergers qui, autrefois, bordaient la petite route, et où je piquais parfois des pommes, ont été rasés et remplacés par des lotissements en construction. Je n’ai rien reconnu, sauf la petite maison sur laquelle une copine d’enfance et moi avions déliré. J’avais décrété que cette maisonnette, à l’époque entourée de hautes herbes, était louche et nous avions passé un coup de fil anonyme à son propriétaire après avoir cherché son numéro de téléphone dans l’annuaire. Une vieille dame nous avait répondu et nous avions raccroché, le coeur battant et terriblement excitées d’être « sur une piste ». J’étais persuadée, comme dans une aventure du Club des Cinq que cette dame devait être séquestrée ou maltraitée par son fils, sans doute une brute (puisqu’il nous avait un jour chassées de son terrain en criant très fort) et nous avions joué aux détectives en épiant la maison, couchées dans les herbes, en grignotant des chocos. Cette nuit, cette petite maison semblait bien inoffensive au milieu de toutes ces demeures en construction.

J’ai ensuite fait un tour dans Ch., passant devant les maisons de mes copines de cette époque, sans nostalgie particulière mais avec le plaisir retrouvé de conduire la nuit, avec de la musique dans la voiture. En voyant ces maisonnettes endormies dans ces lotissements proprets, plongées dans un noir profond aux branches frissonnantes, je me suis dit que je préférais vraiment les nuits en ville, moins oppressantes et plus « vivantes ».

J’ai fini mon petit tour nostalgique par l’école de V., l’école de mon enfance devant laquelle un souvenir a légèrement pincé mon coeur. Je me souviens des noms de toutes les maîtresses que j’ai eues là-bas mais celle que j’aimais particulièrement, c’était Mme Chazal, qui était aussi la directrice, et à qui – avec quelques copines un peu gentillettes – j’allais régulièrement chanter une chanson (notamment Rox et Rouky – qui était mon tube de l’époque !) après la cantine, avant de l’avoir comme maîtresse en CM2. J’ignore dans quelle mesure elle n’était pas gavée par notre petite chorale, en tout cas, je la revois très bien nous écoutant avec un large sourire, tandis que nous chantonnions le dos collé contre le grillage.

Je me souviens parfaitement de Mme Chazal car, outre une voix aiguë assez insupportable, elle avait un regard à la fois sévère et bienveillant que j’admirais. Elle encourageait notre goût de l’écriture en nous donnant de nombreuses rédactions à faire et notre intérêt pour la lecture en nous faisant rédiger des fiches résumés sur des livres de poche comme Un sac de billes ou un livre de Jules Verne que je n’ai jamais pu lire – tant Jules Verne m’ennuie ^^Elle était très « vieille école » / « vieille France », mais dynamique aussi (elle nous avait organisé un séjour culturel à Paris de quelques jours et partait chaque année en classe de neige !) C’est le genre de maîtresse que tout écolier devrait avoir un jour.

Ce soir, donc, en voyant les petites lumières de l’appartement de fonction allumées, je me suis demandée qui, aujourd’hui, la remplaçait. Vit-elle encore, d’ailleurs, cette brave Mme Chazal ? Longtemps, j’ai voulu lui écrire (car j’écris toujours à tous ceux que j’aime comme Prévert dit tu à tous ceux qu’il aime) mais je ne connaissais pas son prénom et n’ai jamais trouvé son adresse dans l’annuaire.

Finalement, cette petite promenade nocturne d’une heure en voiture m’a un peu foutu le cafard. Quand je regarde en arrière, je repense aux gens que j’ai aimés (au sens large) et qui ne l’ont jamais su, vu ou compris. Les gens que j’ai ratés et/ou qui m’ont ratée, peut-être parce que je m’y prends mal aussi pour dire « je vous aime ». Finalement, ce n’est pas tant les endroits de mon passé qui me manquent, mais les personnes que j’ai croisées et qui ont marqué mon souvenir – et peut-être plus sans le savoir. Celles que j’aurais voulu garder dans ma vie, dont j’aurais aimé recevoir des nouvelles, des avis, des conseils.

Mon paradis perdu c’est elles.

Hier ou avant-hier, je regardais la télé avec ma mère et mon frère quand une publicité sur l’un de ces innombrables fascicules Hachette ou Atlas me mit en ébullition. Oui, je parle bien de ces kitschissimes fascicules genre « collectionnez les figurines en papier mâché de la Grèce Antique » avec le premier numéro à 1,99 € et tout le reste à 14,99 € ! Tout est voué à se fasciculiser de nos jours, mais ce n’est pas moi qui m’en plaindrai aujourd’hui. Car il s’agissait du premier numéro des « plus grands feuilletons de la télévision française » consacré à… à… (roulements de tambour) la Demoiselle d’Avignon.

Evidemment, peu de gens de mon âge connaissent ce feuilleton (qui a pourtant été rediffusé deux fois, je crois, durant mon enfance) puisqu’à l’époque, déjà, j’étais la seule de ma classe à le regarder, mais demandez à vos parents ce que leur évoque ce titre. Peut-être font-ils partie des téléspectateurs qui ont, lors de sa première diffusion en 1972, plébiscité cette charmante comédie sentimentale à 99,04 % (sondage Paris Match de l’époque, alors attention hein !)

Si j’en juge aux dates données par le fameux fascicule que je viens de dévorer, la rediffusion que j’ai dû voir est celle de 1986 (puisqu’après, ils n’en mentionnent pas d’autres, alors que je suis tout de même persuadée de l’avoir revu une seconde fois au collège.) J’avais donc sept ans – ce qui ne nous rajeunit pas, dites-donc. Je me souviens encore de maman, devant la télévision, me retenant alors que le feuilleton commençait, en me disant : « Viens voir la Demoiselle d’Avignon, c’est joli, tu vas adorer ! » Ce qu’il y a de pénible avec maman, c’est qu’elle se trompe rarement sur mes goûts.

La Demoiselle d’Avignon est un conte de fées moderne avec une belle princesse (Marthe Keller, dont j’essaie de ne rater aucune des – rares – apparitions dans quelque film ou téléfilm que ce soit) et un beau prince (Louis Velle, également scénariste avec sa femme Frédérique Hébrard). Koba (Marthe Keller, donc), jeune princesse kurlandaise (pays inventé s’inspirant de la Suède) en pélerinage à Avignon fait la connaissance de François Fonsalette (Louis Velle, donc), un diplomate qui tombe aussitôt amoureux d’elle tout en ignorant son identité. De concours de circonstances en quiproquos, il faudra bien des rebondissements avant que nos deux tourtereaux roucoulent ensemble, sous les viva du peuple kurlandais. Bon, raconté comme ça, ça fait un peu « bienvenue à cuculand », mais c’est une belle histoire d’amour comme toutes les petites filles les aiment et dont toutes les jeunes filles rêvent.

Les années passant, je n’ai jamais oublié cette comédie sentimentale pleine de charme (surtout de celui de Marthe Keller au délicieux accent germano-suisse) et la musique composée par Georges Van Parys m’est toujours restée en tête – j’ai d’ailleurs réussi à la trouver difficilement sur kazaa il y plusieurs années, à ma grande joie. Plusieurs fois, j’ai hésité à l’acheter en VHS, puis en DVD (le coffret était récemment à 30 € sur amazon, ah ah.) Et v’là-t-y pas qu’il sort en fascicule. Merci dieu de la nostalgie.

J’ai devant moi les deux DVD achetés pour moins de 4,00 € (d’ailleurs, j’ai frôlé le drame puisque la première presse où je suis allée était en rupture de stock, « dévalisée » selon les propres termes du monsieur.) Un peu d’enfance à ce prix-là, c’est l’affaire du siècle (encore une autre, Manu ^^…)

Je ne doute pas que je risque d’être fort déçue, vingt ans après avoir vibré pour Koba et François… mais même un peu rassie, une madeleine peut rester goûtue.

Dans une petite ville du Mississipi, Harriet, une fillette de douze ans au caractère bien trempé, décide un été de venger le meurtre de son frère Robin. Celui-ci a été retrouvé pendu à un arbre des années plus tôt, alors qu’elle n’était qu’un nourrisson, et cette mort non élucidée plane comme une lourde malédiction sur sa famille. D’une intelligence remarquable et d’une imagination fertile nourrie de légendes familiales et récits d’aventures, Harriet se lance, avec son ami Hely, dans une vengeance qui les mènera dans le monde des adultes, sombre, inquiétant et terriblement dangereux.

J’ai (enfin !) terminé ce roman, il y a quelques jours, après des semaines de lecture un peu fastidieuse. Pourtant, globalement, j’ai bien aimé. Mais le début était si magistral (le récit de la tragédie originelle, la description de la famille Cleves, avec cette figure formidable d’Edie, la grand-mère imposante, et le personnage de Harriet, magnifique, en quête obstinée de vengeance) que j’ai été déroutée et déçue lorsque, à la moitié du livre, l’intrigue se déporte sur une autre famille, celle de l’assassin présumé. Pour le coup, il m’a semblé que le côté pittoresque de cette famille de délinquants junkies frôlait la caricature.

Si la première moitié du roman est tout simplement fabuleuse, j’ai trouvé que le reste, jusqu’aux dernières pages – de nouveau excellentes -, se traîne un peu. Du coup, j’ai mis un temps infini à parvenir au dénouement.

Petite déception aussi : je m’attendais à un vrai thriller, un bon polar avec résolution de mystère et tout et tout… et en fait, il s’agit plus d’un roman noir assez mélancolique.

Reste une peinture forte du monde obscur de l’enfance et un récit bien écrit sur la mémoire (les souvenirs familiaux érigés en mythes), le chagrin (la mort du chat, la séparation d’avec la domestique noire), la vengeance et le deuil.

Mise en bouche par ce deuxième roman de Donna Tartt (super le nom), j’ai commencé avec intérêt son premier opus, the secret History, en anglais cette fois, qui me semble différent mais plutôt passionnant…

Hum, je vais sûrement encore passer pour la péteuse de service qui prétend critiquer un travail qu’elle serait incapable de faire, mais vraiment, je ne peux pas ne pas parler du triste Cid que nous vîmes dimanche soir à la Comédie Française – où, je le précise, il m’est arrivé de passer d’excellents moments (Dom Juan de Molière mis en scène par Lassalle ou encore les Grelots du fou de Pirandello mis en scène par Claude Stratz.) – Je précise cela pour qu’on ne m’accuse pas de haine gratuite (dont je me suis fait une spécialité) envers une institution souvent critiquée pour son poussiérisme mais pour laquelle j’ai un certain respect.

Dimanche, néanmoins, il faut reconnaître que la déception, pour ne pas dire l’horreur, fut grande.

Nico, dans son appétit de culture pantagruélique, tenait absolument à découvrir les joies de notre beau patrimoine théâtral et c’est avec peu d’espoir que nous allâmes quémander quelques places de dernière minute à la Comédie Française pour le spectacle du soir, qui s’avéra – à ma grande joie – être le Cid. Bien qu’ayant vu plusieurs pièces de Racine au théâtre, je n’avais encore jamais eu l’heur de voir sur scène le chef d’oeuvre de Corneille. C’est donc véritablement enthousiaste que j’appris qu’il restait de nombreuses places disponibles, ce qui eût dû, au contraire, me mettre la puce à l’oreille.

Pour dix euros, nous nous retrouvâmes ainsi en première catégorie, dans l’orchestre, au neuvième rang, ce qui nous offrit une vue superbe sur la scène et les acteurs.

Premier doute au lever de rideau, lorsqu’apparut une Chimène assez belle de visage mais fantômatique, le visage blâfard encadré de longs cheveux noirs raides. Drapée dans une robe blanche toute simple qui évoquait une chemise de nuit d’hôpital, elle me donna mon premier frisson d’effroi lorsqu’elle ouvrit la bouche et qu’une voix monocorde en sortit. Elle, fière amoureuse de Rodrigue ? Laissez-moi rire (jaune). Sa voix n’avait en tout et pour tout que deux intonations : éteinte voire mourante (durant les trois quarts de la pièce) et hurlante (quand elle était énervée – d’ailleurs on ne comprenait pas bien toujours pourquoi elle s’excitait comme ça en fin de phrases.)

Premier fou rire lors du dialogue entre Rodrigue et son père, Don Diègue (« Rodrigue, as-tu du coeur ? ») : Don Diègue, s’approchant de son fils, lui narre l’affront qu’il a subi de la part du comte, le père de Chimène. Un flot de postillons diluvien s’abattit alors sur le visage du stoïque Rodrique. Magnifique. Avec l’éclairage, on eût dit le spectacle des grandes eaux de Versailles. Vu que, depuis le début de la pièce, les deux patriarches ne cessaient de postillonner en tous sens, cette ultime salve me cloua sur mon siège d’un fou rire nerveux qui se propagea rapidement à Nico qui avait également remarqué le même feu d’artifice salivaire. Fou rire qui signa ensuite le commencement de mon ennui car ce fut le seul instant intéressant de la représentation.

Honnêtement, même en y repensant maintenant, la colère passée, je ne comprends pas le parti pris de Brigitte Jaques-Wajeman qui a pourtant visiblement soigné sa mise en scène : décors minimalistes mais plutôt réussis, costumes sobres évitant la transposition lourdingue dans l’époque contemporaine (comme le Bérénice mis en scène par Lambert Wilson il y a quelques années…) Mais quelle idée de faire des deux héros amoureux séparés par une histoire d’honneur un couple de post adolescents geignards et pleurnichards devant le fameux dilemme cornélien ! Plus lourd, tu meurs.

Pour moi, le Cid est aussi une pièce passionnée (passionnante), enflammée, pleine de glorieuse jeunesse et de nobles sentiments (honneur, amour, bravoure…) Rodrigue est un héros, Rodrigue a du panache ! Ici, le comédien principal balbutiait son texte, le fameux « Nous partîmes cinq cents mais par un prompt renfort / Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port » fut une catastrophe tant la tirade fut déclamée sur un ton faible et hésitant – sans doute à dessein car j’imagine que le comédien est compétent. Où étaient le choc des armures, l’éclat des épées, le sang des combattants ? Où était le Cid, le seigneur que toute l’Espagne célèbre et que son roi admire ? On ne voyait qu’un jeune homme fâlot, ayant du coeur, sans doute, mais de charisme point. Quant au couple qu’il formait avec Chimène, que dire ? Deux moules auraient aussi bien convenu.

Non, vraiment, quelle horreur, beurk. J’en frémis encore de rage et de désespoir en songeant au texte magnifique de Corneille qui, pour moi, n’avait pas seulement perdu de son sens, mais était en plus rendu désuet par l’interprétation. La comédienne jouant Chimène manquait tellement de passion que la vengeance que celle-ci réclame à corps et à cris paraissait complètement stupide.

Rendre accessible une pièce en vers de près de trois heures sur des valeurs peut-être aujourd’hui obsolètes (?) était sans doute utile et louable. Mais là, c’est Corneille que je pleurai dimanche.

Le coup de grâce me fut asséné par mes deux compagnons de soirée, Matt et Nico, qui trouvèrent le spectacle globalement bon (« c’est moins chiant que de lire le texte » dixit Nico) et qui ne remarquèrent que la prouesse des acteurs à réciter une pièce en vers. Mais merde, c’est leur métier, c’est le moins qu’ils puissent faire !!! Et quand, outrée, je regrettai de n’avoir jamais pu voir l’interprétation légendaire de Gérard Philippe dans le rôle titre (mise en scène de Jean Vilar), Nico me demanda candidement : « C’est qui Gérard Philippe ? »

ô rage, ô désespoir…

  • Le Cid de Pierre Corneille, mise en scène : Brigitte Jaques-Wajeman
  • Vu le dimanche 5 mars 2006 à la Comédie Française (Paris)

C’est en 1996, je crois, que Nico débarqua dans ma vie de lycéenne. Toujours à l’affût de bruns un peu mystérieux et solitaires, je le remarquai un beau jour, je ne sais comment (seule Mag, qui en a bavé à écouter et surtout lire toutes mes histoires de coeur fantasmagoriques, s’en souviendra peut-être si elle ouvre les archives de ma vie entassées chez ses parents…), mais à partir de ce moment, j’entrai dans un grand délire psychotique pour essayer de le croiser au moins une fois quotidiennement. Cela n’allait pas sans quelques arrangements avec le hasard car, pour prendre un bus qui venait de la direction opposée de mon lieu d’habitation pour aller au lycée, il fallait que je me lève tôt ! Mais comme chacun sait, « on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans » ! 🙂

Bref, Nico, que j’appelais Ninu à l’époque (contraction des premières syllabes de son prénom et de son nom), ne sut sans doute jamais quels trésors d’imagination je déployai pour le voir et ensuite pour raconter de façon homérique toutes ces péripéties à ma pauvre Mag qui, décidément, mériterait l’Oreille d’Or.

Finalement, plus ou moins encouragée par Rom’s qui le connaissait du collège et me proposa de nous présenter, je me décidai à entrer en contact avec le jeune homme. Hélas pour moi, Nico ne se décida non seulement pas à me faire une grande déclaration romantique sur fond de soleil couchant sur la plage (il faut dire qu’on n’avait pas vraiment de plage à Lyon, mais la piscine aurait suffi) mais EN PLUS il préféra goujatement lorgner ma copine de lycée de l’époque occupée à faire son marché en boîtes de nuit.

Dotée d’une sagesse déjà exceptionnelle, je reconnus que l’on ne pouvait pas forcer les gens à aimer malgré eux et en conclus que, s’il était intéressé par ma copine, sympathique mais vraiment différente de moi, nous n’étions véritablement pas faits l’un pour l’autre. Cette profonde réflexion philosophique me permit de prendre un recul qui ôta toute ambiguité de mon esprit et fit prendre un tournant à nos rapports non sexuels.

En gros, ce fut un fiasco sentimental total… mais aussi et surtout le début d’une grande amitié que je ne devais jamais regretter par la suite, malgré les petits coups de gueule et grandes crises de jalousie qui font tout le sel d’une bonne et saine relation de quelque nature que ce soit 😉 (NB : Donc les filles, rien n’est jamais perdu et tout se recycle, hein !)

Voilà comment Nico et moi sommes donc devenus deux amis très chers l’un pour l’autre, confidents de nos doutes et nos joies, mais vivant chacun sa vie amoureuse de son côté… ce qui fait qu’a priori, rien (à part peut-être les soeurs V. qui essaient de me le « piquer » ;p) ne devrait nous séparer. Croisons les doigts et touchons du bois.

La distance fait que nous nous voyons beaucoup moins souvent qu’avant mais il a sa place bien au chaud dans mon coeur, à côté de 2-3 autres personnes molletonnées dans mon affection parfois distante et désinvolte mais réelle et profonde. Lui, il fait vraiment partie des amis que je compte sur les doigts d’un manchot.

Nico, c’est un jeune homme doux, gentil et généreux, timide en apparence mais qui peut, dans un éclat de rire tonitruant (qui reste bien souvent mémorable pour ceux qui l’entendent), prouver qu’il aime s’amuser. Cultivé, intelligent, bosseur, un peu trop sérieux parfois, il est à la recherche de lui-même tout en restant à l’écoute des autres (de moi, en l’occurrence.) Intéressé par la politique autant que par les arts, il est également sportif, prend des cours de rock et écoute du reggae (yuuk…) Coeur romantique déçu, il se cache maladroitement sous une armure paillarde et vaguement machiste qui lui donne l’impression d’avoir de l’assurance. Mais au fond, il rêve lui aussi de la princesse charmante qui saura tenir son coeur (et sa maison. Non, je rigole ^^)

Nico, pour conclure car il est plus que temps, c’est mon meilleur ami. Dans quelques heures il débarquera avec ses bagages et son sourire dans notre petit salon et ce sera parti pour quatre jours de folie non-stop.

Nico, c’est l’ami de ma vie.

« Nemo, j’ai gagné 1 place pour le concert 2 Placebo sur Canal + lundi soir. Si tu la veux, dis-moi. Sinon je verrai avec 1 de mes cousines. Biz. »

Quelle ne fut pas ma surprise, samedi matin, de découvrir ce sms de la miss Thia me proposant tout bonnement, purement et simplement un sésame pour le très convoité concert privé de Placebo pour Canal +. Evidemment, l’hésitation ne fut pas de mise et c’est avec joie et reconnaissance que j’acceptai de me dévouer pour la remplacer.

Lundi soir, je me rendis donc à La Plaine Saint-Denis (l’enregistrement du concert ayant lieu dans un studio du coin), charmante petite bourgade à la périphérie nord de Paris, munie du mail que m’avait gentiment imprimé Thia et de la crainte un peu justifiée de m’être déplacée pour rien. En effet, ayant surfé sur un forum dédié à Placebo, j’avais eu l’occasion de comprendre que l’organisation paraissait un peu bizarre pour ne pas dire étrange.

Arrivée sur place à 19H30, après m’être un tantinet paumée dans le Silic, comme je l’avais escompté, je parvins enfin au Studio 104 où une petite foule se massait à l’entrée. Les heureux élus étaient déjà à l’intérieur, de l’autre côté du seuil glacial. Les fans malchanceux se caillaient les miches dehors, espérant qu’on leur accorderait peut-être le droit d’entrer dans un bienveillant geste chrétien.

Ne me sentant plus péter avec mon petit mail même pas à mon nom, je me faufilai tranquillou parmi les happy few et savourai cette chance insolente qui me faisait prendre la place d’un fan pur et dur. Car, pour parler en toute franchise, ça fait un petit moment que je ne suis plus, à proprement parler, une « fan » de Placebo.

Pour l’heure, présentons notre ticket au molosse qui nous fait entrer au compte-goutte dans le studio, où se profile le décor des Guignols de l’Info. Nous apprenons que nous devrons d’abord voir les Guignols avant d’assister au concert. Le chauffeur de salle, un grand type sympathique qui n’est pas sans évoquer Guillaume Canet dans mon Idole fait de son mieux pour attirer l’attention d’un public essentiellement féminin et visiblement bêbête…

Les Guignols de l’Info se passent, on rigole poliment, on applaudit consensuellement et, enfin, rang par rang, on se décale vers le second plateau où est déjà installée une tripotée de VIP venus d’on ne sait où. Le staff fait ensuite apparemment entrer des personnes qui attendaient dehors.

Nous commençons par enregistrer des séquences d’applaudissement, plans du public qui seront a posteriori rajoutés au montage. Nous sommes donc filmés en train d’applaudir bêtement (et mollement, il faut le dire) dans le vide, dans des ambiances jaunes, rouges, vertes… (aucun risque que vous me voyiez lors de la diffusion du concert sur Canal, je suis allée me cacher au fond…)

Enfin, vers 20H30, Placebo arrive.

Ouaiiiiiissss !!! Bien sûr, comme toute petite hystérique qui se respecte, je ne peux pas m’empêcher de laisser s’échapper un cri d’enthousiasme primaire lorsque je vois nos trois compères débouler à quelques mètres de moi. Brian est toujours aussi ridicule avec sa coupe de Kiki mais bon, on l’aime bien quand même.

En tout, nous aurons droit à 9 chansons dont 7 du nouvel album MEDS (qui sortira en mars mais qui est déjà disponible sur la mule…) soit environ une heure de concert.

Le groupe, accompagné de deux musiciens supplémentaires attaque par un MEDS assez pêchu (sans VV de The Kills) et plus agréable que sur l’album où l’on attend un peu en vain que ça décolle. On enchaîne sur INFRA-RED, que j’aime beaucoup aussi. Un son moins « propre » que sur l’album et surtout la voix de Brian qui prend toute son ampleur dans la petite salle, nous faisant tous bouger en rythme. BECAUSE I WANT YOU ne m’emballe pas des masses, ni sur CD ni en concert, ce morceau étant, selon moi, à ranger dans la catégorie des titres lents chiants du groupe. Sur FOLLOW THE COPS BACK HOME, c’est carrément la débandade. Brian oublie les paroles dès le début de la chanson et arrête l’enregistrement de l’émission. Lorsqu’il reprend, après avoir bu et s’être épongé, c’est un peu mieux mais il n’a pas l’air très à l’aise avec cette chanson. Sans compter qu’il chante les mains dans les poches comme une mijorée en train de minauder. Bref, pas inoubliable. POST BLUE en revanche, est carrément génial, je l’ai d’ailleurs ajouté dans la radio blog afin de vous en faire profiter. L’un des meilleurs morceaux de l’album pour moi. Après ça, Brian nous annonce que « Celle-ci, vous devriez la connaître » : il s’agit de THE BITTER END, parfaite de bout en bout. Il continue dans les vieilleries avec 36 DEGREES, très lent et peu palpitant à mon goût, pour finir avec le prochain single, très chouette : SONG TO SAY GOODBYE.

Après cette prestation très agréable, le groupe s’éclipse, nous laissant le temps de le rappeler à grands renforts de cris et applaudissements. Le rappel se fait sur l’excellent SPACE MONKEY sur lequel Brian s’éclate avec une sorte de mégaphone orange qui lui fait une voix de canard de l’espace.

Voilà. Grosso modo, les meilleures chansons de l’album sont passées. Placebo est toujours aussi efficace en live, mais ne se renouvelle pas, ce qui est un peu dommage. Plat et beau (ah ah.) Mais le moment a tout de même été assez génial et j’en remercie de tout coeur tata Thiathia !!

Le concert sera diffusé la première fois le 12 mars sur Canal à 0H15.

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