Mylène 2006

Je ne devais pas y aller. En fait, je ne voulais même pas y aller. Il y a un an, lorsque les places pour le concert « Avant que l’ombre… » avaient été mises en vente, je n’avais pas l’argent, ni l’envie de revoir Mylène. Pourtant, en 1999, j’y étais allée trois fois, à Lyon, avec, à chaque fois, le même bonheur, le même plaisir. Mais là, c’était fini. Mylène, pffft ! Finie l’adolescence désenchantée, finie l’admiration pour un personnage créé de toutes pièces ! Je suis adulte, je laisse cela aux ados prépubères boutonneux hystériques en mal de gothisme et érotisme softs.

Il y a une semaine encore, je ne savais donc pas que je me retrouverais à Bercy, ce mardi 24 janvier, hurlant et sautillant comme avant, fascinée par Mylène comme au premier jour.

Tout ça, c’est de la faute de Tibo, un copain belge. Il y a quelques jours, il m’a envoyé un mail me disant : « tu as vu, ils ont remis des places en vente pour le concert de Mylène ?! » Nan, j’avais pas vu et je ne voulais pas voir. Curieuse, j’ai fini par télécharger le nouvel abum que je n’avais même pas encore écouté et là… gros choc. J’adore l’album (t’inquiète Mylène, je vais l’acheter). Je ne peux pas passer à côté de ça, je m’en mordrai les doigts, les orteils et tout le reste si je loupe ce concert. Quelques lectures d’articles, notamment la critique élogieuse du Monde me décident. Dix minutes plus tard, j’ai acheté cinq places en fosse sur internet, pour Thia, mon frère, sa copine, Matt et moi. Une auto-surprise en quelque sorte ! Cinq minutes auparavant, rien n’était encore sûr. Et là. C’était bon.

Mardi. Il est 19h00. Djé, Vic, Thia, Matt et moi avons rendez-vous à Bercy. Par un hasard assez croquignolet, ma copine espagnole Montse et son compagnon Mike sont également présents. Drôle de coïncidence quand on sait que j’ai rencontré pour la première fois en chair et en os (après deux ans de correspondance par internet) cette fameuse Montse au Mylenium Tour de Mylène, il y a tout juste six ans ! Nous n’avons malheureusement pas le temps de beaucoup discuter car ils sont placés dans les gradins et nous, dans la fosse. Nous nous séparons donc pour entrer par nos portes respectives.

La queue à l’extérieur de Bercy est immense. Djé commence à trépigner sur place, persuadé que nous serons mal placés. Il veut couper la file (l’une de ses grandes spécialités) mais Thia, Vic et moi sommes sceptiques et ne voulons pas nous faire huer par une foule en délire. Nous restons donc tranquillement à notre place, tandis que Djé ronchonne, mais nous avançons globalement très vite.

Une chose me frappe immédiatement : les spectateurs arrivés à cette heure-là sont très calmes, rien à voir avec l’ambiance hystérique de 1999 où l’on ne voyait que des djeun’s, parfois clonés en Mylène, chantant, criant. En même temps, en 1999, nous étions arrivés deux fois de suite à 9h00 du matin, avec les fans purs et durs. Là, les plus fous doivent déjà être entrés (plus on avance dans la file, plus le sol est d’ailleurs effectivement jonché de détritus : bouteilles, bouffe, couvertures de survie !) ou bien ils ont fait la première du 13 janvier. Toujours est-il que l’atmosphère est détendue, il y a beaucoup de trentenaires – quadragénaires dans le public.

Arrivés dans Bercy, nous sommes tout près de la première scène, celle en forme de croix de malte. Nous commençons par nous poser tranquillement quand Djé nous entraîne un peu plus loin, vers la scène principale que nous n’avions pas vue. Nous sommes extraordinairement bien placés, à 4 ou 5 rangs de la scène (en étant arrivés à 19h00 pour un concert prévu à 20h30 ! Incroyable !) et, durant tout le concert, personne ne nous bousculera, nous aurons de la place pour respirer, chanter et sautiller. Ce qui était absolument impossible en 1999 tant nous étions étouffés par des centaines de filles et garçons en pleurs !

Mylène vieillit, son public aussi. Mais ça lui va bien.

Nous attendons que le spectacle commence, attente ponctuée de cris de la foule apparemment heureuse d’être là. Les gradins et la fosse se remplissent peu à peu. Bercy devient noir de monde. Sur la scène principale, une porte monumentale en arc de cercle rappelle un peu la tête gigantesque de Giger du Mylénium Tour et laisse présager le meilleur.

Vers 21h00, un écran descend devant cette porte, la lumière s’éteint, le public s’excite. Un court métrage onirico-esthético-chiant est alors projeté pendant plusieurs minutes, Mylène voulant pour une raison obscure absolument partager avec son public ce petit film glauque et incompréhensible. Le public, décidément de bonne humeur, prend avec humour cette première partie dont on aurait pu se passer.

Enfin, vers 21h30, la lumière s’éteint pour de bon. Les cris s’élèvent, l’excitation est à son comble, on ne sait pas où il faut regarder. Un caisson lumineux suspendu au plafond est éclairé (par mégarde ?) pendant un centième de seconde. Mylène viendra donc du ciel. Sur les « shut up » de « Peut-être toi », le caisson descend sur la scène du milieu. Des danseurs le portent et traversent un pont surplombant le public pour amener Mylène sur la scène principale. Le caisson se redresse peu à peu et soudain apparaît Mylène, splendide, cheveux courts en pétard, costume kitschounet de Xena la Guerrière.

Le spectacle commence sous les cris et applaudissements.

Après son entrée sur un « Peut-être toi » super pêchu qui chauffe le public conquis par avance, Mylène enchaîne sur un « XXL » génial, devenu un classique si l’on en juge au nombre de personnes hurlant « on a besoin d’amour, besoin d’un amour XXL !!! » avec elle. Enorme. Et bonne surprise : Mylène sait enfin chanter (après 20 ans de carrière, il serait temps, lol) ! La voix est claire, nette, la montée dans les aigus se fait aisément. C’est vraiment superbe. Je suis déchaînée !

Un très joli « Dans les rues de Londres » précède ensuite « California », l’une de mes chansons favorites, elle aussi reprise en choeur par les fans de la fosse.

« Porno graphique » est sympa mais la choré est hélas quasi inexistante, Mylène se contentant de faire 3-4 petits mouvements de bras et tête, alors que le rythme techno se prêtait à autre chose, à mon avis. Oui, Mylène s’est assagie (ramollie ?). Durant le concert, il y aura moins de chorégraphies qu’avant. Mais peu importe. Cela permet à Mylène de se concentrer sur la voix et elle assure.

Sur la fin de la chanson, des danseurs espagnols ultra-virils arrivent et enchaînent sur une sorte de flamenco violent tandis que Mylène s’éclipse pour changer de tenue.

Mylène revient pour un « Sans Contrefaçon » très énergique, avec une très belle tenue. S’ensuit un « QI » superbe, et Mylène commençe son défilé de sous-vêtements – à plus de 40 ans, la miss Farmer, aux formes parfaites, adore toujours se balader en culotte et soutien-gorge devant des milliers de personnes. Mais il faut reconnaître qu’elle n’a rien perdu de son sex appeal. Une chouette choré avec de jolies danseuses agrémente ce morceau, excellent, repris en choeur par le public sur les « CQFD ».

Puis, « C’est une belle Journée », gai et entraînant, enflamme le public.

Pour « Ange parle-moi », Mylène arrive du ciel dans une nacelle, pour atterrir sur la seconde scène, au milieu de la salle, après que le piano d’Yvan Cassar est apparu sortant de terre (je crois car je n’ai pas bien vu). Un joli moment d’émotion même si cette chanson ne me transporte pas des masses.

On pousuit avec « Redonne-moi » où, enfin, il me semble, les première larmes de crocodile de Mylène coulent. Mais le public n’est plus dupe et, même s’il est attaché à Mylène, il n’hésite plus à rigoler lorsqu’elle nous fait le coup de l’artiste « super-émouvue-de-nous-retrouver » (surtout qu’elle pleure toujours aux mêmes endroits… Mylène, une mécanique bien huilée…)

Mylène nous fait ensuite « Rêver ». L’une de mes chansons favorites, même si un peu trop écoutée. Public en transe et en osmose, j’adore ces moments un peu plus intimistes où l’on entend tout le monde qui chante et où Mylène, submergée par son émotion (heuh…) baisse la tête et écoute en souriant et pleurant à la fois ses fans communier dans la musique.

Sur « L’Autre », un grand dadais en pleurs (apparemment déjà choisi quelques jours auparavant) a le bonheur de monter sur scène avec Mylène, qui lui chante sa chanson les yeux dans les yeux et la main dans la main. Il pleure comme une madeleine et cette horreur de Mylène l’embrasse sur les lèvres à la fin de la chanson, brisant sans doute son coeur et son cerveau pour toujours. Quelle coquinette !

« Désenchantée », l’un des grands moments attendus me déçoit un peu : je n’ai pas aimé l’arrangement un peu disco et, surtout, vu qu’elle a changé de scène, je ne vois rien de la choré. Mais bon, je la connais tellement que je m’en remets facilement.

Pour « Nobody knows », le morceau caché de l’album « Avant que l’ombre… » (su-perbe), Mylène et ses musiciens reviennent sur la scène principale pour notre plus grand bonheur. Puis les danseurs espagnols reviennent tandis que Mylène va changer une nouvelle fois de culotte :).

Pour « Je t’aime Mélancolie », la mise en scène est sympa, avec des effets de voilages, mais la choré semble un peu molassonne (Mylène chantant avec un micro, elle n’a pas la totale liberté de ses mouvements…)

Sur « L’Amour n’est rien », aucune choré, quel dommage, la chanson est si bien !!!

Mylène enchaîne avec un magnifique « Déshabillez-moi », dans une version très rock et puissante, que j’ai a-do-rée. Sur le dernier « déshabillez-moi », elle hurle comme une dingue. Elle prend visiblement son pied et c’est communicatif.

Jolie surprise sur « Les Mots » : elle chante en duo avec le batteur Abraham, qui a une voix très belle, plus rauque mais tout aussi sexy que celle de Seal. Un beau moment de complicité, qui se termine sur un bisou sur la bouche (mais où s’arrêtera-t-elle ?!!)…

« Fuck them all » annonçe la fin du concert. Morceau puissant, porté par une chorégraphie tout en dynamisme et scandé par les « fuck them all » de toute la foule et des choristes. Génial ! Un grand grand moment, avec des danseuses en tenue chinoise…

Mais le clou du spectacle est sans conteste le magnifique dernier morceau « Avant que l’Ombre… », lorsqu’un rideau d’eau se met à tomber devant la scène. Le visage de Mylène est d’abord projeté dessus puis, lorsque les paroles disent « laisser le passé redevenir le passé », l’eau se met à tomber en formant les lettres « p », « a », « s », « s », « é » !! Incroyable ! Toute la salle se met à pousser des cris d’admiration tant c’est beau et poétique. Puis, sur la fin de la chanson, l’eau continue de tomber avec, au milieu, un trou dessinant la silhouette de la chanteuse. Difficile à décrire, mais c’est de toute beauté, sur cette musique si mélancolique qui annonce la fin inexorable. Mylène, dans une superbe robe rouge d’inspiration asiatique, remonte peu à peu un grand escalier orné, sur les côté, de statues en forme de serpents. A mi parcours, elle fait tomber sa robe et se fond dans un nuage de fumée, tandis que les portes monumentales se referment définitivement.

Une sortie magique, absolument incroyable, qui mérite à elle seule d’être vue en live et qui clôt de façon impressionnante un show irréprochable de deux heures.

En conclusion : un très beau concert, mais qui décevra peut-être un peu les puristes des premières années. On n’atteint pas le sommet de 1996 (les costume de Paco Rabanne n’ont JAMAIS été égalés, à mon avis, ni la coiffure qu’elle arborait cette année-là) et ce n’était pas aussi spectaculaire que 1999, malgré tout le mystère qui entourait cette série de concerts. On pourra regretter le côté un peu moins spectaculaire que les précédentes tournées, avant le finale époustouflant mais tardif. On pourra aussi trouver l’ensemble un peu moins dynamique (je vous dis que Mylène vieillit !), être nostalgique de l’ambiance mystique et un peu effrayante qui régnait alors. On pourra être déçu qu’il manque de magnifiques chansons (« J’attends, « Derrière les Fenêtres », « Tous ces Combats » – et il n’y a eu aucune chanson de l’album « Innamoramento » !!!!! T_T)… On pourra toujours trouver à critiquer, oui.

Mais Mylène reste Mylène, yeux de biche au strabisme troublant, sourire égaré, chavirant et magnétique, voix sur le fil, ténue, mais intense, surtout lors des morceaux doux. Surtout, Mylène est passée de l’ombre à la lumière : elle sourit, est visiblement à l’aise et heureuse d’être sur scène. Elle a mis le temps mais elle semble épanouie. J’ai beau, à chaque fois, essayer de ne pas tomber sous le charme, faire ma blasée, rien n’y fait. Après chaque concert, c’est à la fois le ravissement et la déprime. C’était beau, c’était bien, c’était Mylène. Mylène ! Mylène que j’aime, malgré tout, malgré le faux mystère qui entoure son vrai personnage marketing.

Thia qui venait pour la première fois, sans même avoir entendu le dernier album, a adoré. Vic a adoré aussi (c’était son premier concert). Et Matt, qui venait en touriste, n’a pas détesté non plus (il a aimé le spectacle, moins la musique – HuHu).

Vivement le DVD !!!

  • Vu le mardi 24 janvier 2006 à Bercy (Paris)
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