Amadeus

Il y a parfois des soirées, comme ça, qui vous enchantent, alors même qu’on est d’humeur bougonne (de toute façon, il faut le reconnaître, on est souvent d’humeur bougonne). C’est l’hiver, il fait nuit, il fait FROID et pourtant, pourtant, il faut sortir affronter cette nuit hivernale froide pour aller… au théâtre. Oui, la (ma) vie est dure. On prend donc son petit bus puis son petit métro jusqu’au Théâtre de Paris où se joue Amadeus, avec un Jean Piat que l’on n’a jamais vu mais qui est cependant mythique (ne serait-ce que pour avoir doublé Scar dans la VF de The Lion King – on a les références qu’on peut) et un Lorànt Deutsch qui rend un peu dubitatif – bien qu’il soit fort sympathique. On s’installe, toujours un peu bougonne, parce qu’on n’a pas pu faire son pipi psychologique avant la sonnerie annonçant le début du spectacle pour cause de queue de pisseuses trop longue (il faudra un jour qu’on m’explique pourquoi il y a toujours des files d’attente interminables devant les wc des femmes et pas devant ceux des hommes)… Puis le spectacle commence.

Et là… scotchée pendant près de trois heures à mon fauteil (fort bien placé, merci Matt… Dommage que ce ne soit pas plus souvent Noël :-p) !

En allant voir cet Amadeus au théâtre, j’ignorais qu’il s’agissait de la pièce originale dont était tiré le magnifique film de Forman. Qui n’a pas vu le Amadeus de Milos Forman ne mérite pas de vivre. Enfin, si, mais mal. Un film qui nous a beaucoup marqués mon frère et moi (notamment la scène d’introduction dans l’asile où Salieri se tranche la gorge, yuk !) et que nous avons vu au moins dix fois, si ce n’est onze ! De facto, je fus fort dépourvue quand la bise fut venue et que j’entendis, presque mot pour mot, des répliques du film. Tout le passage durant lequel Salieri écoute avec stupeur le concerto avec cette note de hautbois, très haute, la fameuse réplique de l’empereur : « Trop de notes ! », etc. Sur le coup, je fus presque scandalisée par le plagiat, avant de réaliser que la pièce était antérieure au film. 🙂

Malgré cet étonnement durant tout le premier acte (à l’entr’acte, j’ai couru acheter le programme, tout enthousiasmée par la performance des deux comédiens principaux et j’ai donc réalisé mon manque de culture), le spectacle m’a passionnée et a (presque – ce qui est plutôt admirable) réussi à me faire oublier le film.

Tout était réussi, dans cette mise en scène à « grand spectacle » : scénographie époustouflante à base de panneaux coulissants, décors magnifiques, costumes somptueux, musique… divine et acteurs épatants : Jean Piat (80 ans !), fidèle à sa légende de grand, très grand, immense comédien de théâtre, aussi fringuant et énergique que son partenaire, Laurànt Deutsch qui, tout en imitant le rire immortalisé par Tom Hulce, a su donner une nouvelle dimension à son personnage. Amadeus apparaît plus frêle et moins rustaud que dans le film, plus fragile, plus attachant. Il est toujours aussi vulgaire, mais sa jeunesse apporte une insolence nouvelle à cet Amadeus romancé. Convaincant, donc.

Un spectacle de grande qualité, pathétique, cruel mais souvent drôle, émouvant (j’ai bien failli pleurer sur la fin, même si tout le monde la connaît). L’auteur de la pièce, Peter Shaffer, a donné un rôle à la fois terrible et magnifique au compositeur Salieri (qui prend d’ailleurs ici un rôle plus important que dans le film, puisqu’il se confie directement au public), compositeur talentueux mais prenant conscience de sa médiocrité face à Mozart. Salieri, le seul à reconnaître en ce gamin grossier un génie et à vouloir, pour cette raison qui en fait son rival et ennemi, le détruire à jamais.

On est en droit de ne pas apprécier cette vision romanesque (et complètement fictionnelle) de la vie de Mozart, mais pour ceux qui ont aimé le film de Forman, courez vite voir la pièce. Un grand, grand moment !

Du coup, je ne suis pas bougonne aujourd’hui…

  • Amadeus de Peter Shaffer, mise en scène : Stéphane Hillel
  • Vu le mardi 27 décembre 2005 au Théâtre de Paris (Paris)
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