Clean – Olivier Assayas

De cette histoire d’une femme de rockeur, sorte de Yoko Ono défoncée à qui on attribue l’overdose de son mari, qui cherche à redevenir « clean » pour récupérer la garde de son fils, Olivier Assayas aurait pu tirer un film réussi. On saura gré au réalisateur d’avoir mis de côté la prétention pompeuse (et pompante) de ses précédentes œuvres telles Les Destinées Sentimentales ou le récent Demonlover – que le scénario sauvait.

Ici, toutefois, la sobriété dont il fait preuve agace pour deux raisons : à trop vouloir éviter le sentimentalisme forcené (intention louable), il finit par nous désintéresser quelque peu de la quête (louable elle aussi) de l’héroïne Emily ; et cette sobriété nouvelle paraît bien hypocrite lorsque surgissent, au détour de quelques scènes qui veulent « faire vrai », des détails hype et branchés, comme des clins d’oeil aux seuls initiés du rock (présence rapide de Tricky et captation délayée d’un extrait de son concert (quelle exclu !) ; affiches du groupe à la mode Muse dans les bureaux d’une vraie boîte de prod…) Autre élément ‘fashion’ : la présence de Nick Nolte, acteur américain à la filmo improbable, mais au charisme incontestable. Pourtant son jeu se résume ici à mâchouiller inaudiblement quelques mots d’une voix ultra lasse et avec un air de chien battu (pépé est fatigué par la vie). C’est le personnage qui apporte (ou qui devrait), par ses propos pleins d’humanité et de générosité, le plus d’émotion, mais il est dommage d’avoir attendu le dernier quart d’heure pour que cette émotion apparaisse enfin un peu !

Entretemps, l’ennui aura largement dominé.

L’histoire, quasi-inexistante, ne pêche pas par excès d’originalité : il s’agit du cheminement interne d’Emily vers une possible rédemption. Rédemption qui passe géographiquement par quatre endroits du globe (Canada, Angleterre, France, USA) (c’est pas encore branché, ça ?) où Maggie Cheung peut montrer l’étendue de sa polygottie, même lorsqu’elle mâche bruyamment un chewing-gum. Ce parcours initiatique vers la responsabilisation est jalonné de rencontres-retrouvailles avec des personnages divers et variés, dont les plus intéressants sont, de loin, la jeune assistante lesbienne du personne incarné par Jeanne Balibar et le personnage joué par une Béatrice Dalle à la présence intense malgré le peu de dialogue qu’elle a à réciter.
Ce scénario vide (mais riche) aurait au moins pu être servi par une belle réalisation mais celle-ci semble hélas bien plate, en dehors des beaux plans sur les zones industrielles du Canada.

On ne pourra reprocher à Assayas d’aimer le rock (quoique… quand on entend Maggie Cheung chanter ses deux horribles chansons, on se demande…) et d’avoir choisi cet univers en toile de fond d’une destinée sentimentale personnelle. Problème : il a confondu sobriété et sécheresse et a caché, sous une hypocrite simplicité, un film au ton malgré tout très parisien intello. En bref, un film réalisé par un ex-critique des Cahiers, pour des critiques des Cahiers !

Une vraie déception, donc, même si l’interprétation (et son bonnet orange) de Maggie Cheung peut effectivement être saluée. Et encore !…

Laisser un commentaire