Matrix Reloaded

Matrix Reloaded

d’Andy et Lana Wachowski

Matrix Reloa… dead. Je suis allée voir Matrix Reloaded hier soir et j’en suis ressortie vénère. Je ne sais pas pourquoi j’y suis allée, on m’avait pourtant dit que c’était quasiment un navet, mais bon, la curiosité, les effets spéciaux, Keanu Reeves… Tout cela m’a un peu attirée, a attisé ma curiosité et, résultat de la soirée, j’ai encore failli m’endormir en regardant cette magnifique saga high-tech.

Je dis bien « magnifique », sans arrière pensée sarcastique aucune, car le film est, visuellement, très impressionnant. Enfin, je ne parle pas de l’imagerie kitch et rétrograde tribale (notamment une pathétique scène de transe collective de gens habillés comme pour la Guerre du feu entremêlée avec une scène torridement ridicule au ralenti entre Neo et Trinity, sur fond de beats désincarnés), mais des combats (l’essentiel du film), dix crans supérieurs au premier épisode.

Malheureusement, c’est en cela et cela uniquement que réside le seul intérêt du film. Les combats. La poursuite à moto, époustouflante de rythme, un montage à couper le souffle, des effets incroyables…

En dehors des combats, le film se traîne lamentablement, entre références loudingues à la religion (l’Elu, Sion, et même une mère qui demande à Néo de protéger son fils Jacob !!) et envolées lyrico-technico-futuristes (si quelqu’un a compris exactement ce que raconte l’Architecte, merci de m’aider), doublement plombé par le jeu (si on peut parler de jeu) insipide de Keanu, aussi expressif qu’un « zizi mal en point » (pour reprendre une expression qualifiant un autre film, dans Télérama). Laurence Fishburne, quant à lui, comme dans le précédent film, s’en tient au strict minimum, les deux seuls tirant à peu près leur épingle du jeu étant Carrie Ann Moss (très classe dans sa combi en sky) et Lambert Wilson, dans une courte apparition, inutile, mais savoureuse.

Tout le film semble n’être qu’un pauvre prétexte à une débauche d’effets spéciaux, dont on cherche la pertinence dans une intrigue confusément complexe. Beaucoup de choses sont en trop. C’est too much. Trop de combats, d’explosions grandioses, de zizique qui tape fort, de décors futuristes. A force, ça devient très kitsch et puis ça crée des incohérences.

Par exemple, on se demande bien pourquoi la course poursuite sur le freeway dure si longtemps, alors que les méchants albinos ont la possibilité de se matérialiser directement dans le véhicule des gentils… De même, la multiplication spectaculaire des Mr. Smiths n’est pas vraiment bien expliquée. De même, pourquoi les rebelles, quand ils ne sont pas dans la Matrice, portent-ils des vêtements tout crades, alors qu’on entend à un moment qu’il existe un système de traitement de l’eau ? A quelle époque se déroule l’action ? Comment ont-il recruté tout ce monde et créé cette grande ville hors de la matrice ? Qui est ce fameux maître des clés, Chinois qu’on appelle mystiquement « l’Exilé » (le film respecte sa part de quotas de métèques : on voit des blacks, des asiates, des albinos et même des Frenchy !!! A noter aussi que, bien que Monica Bellucci ait fait toutes les couvertures de France et de Navarre pour son rôle dans Matrix, elle n’apparaît que trois minutes en tout et pour tout dans le film…), etc. etc.

Bref, on a l’impression désagréable que les rebondissements sont amenés superficiellement juste pour donner lieu à d’époustouflantes scènes numériques – NB : on voit nettement que c’est une doublure qui fait les cascade dans le combat contre tous les Mr. Smith, après que Neo a parlé avec l’Oracle…

Je ne parlerai pas des scènes chiantes et à la limite du ridicule (le sauvetage de Trinity, à la fin – Keanu Reeves a l’air aussi amoureux d’elle qu’une morue neurasthénique) qui font de Matrix 2 un film typiquement « beau et con à la fois ».

Au moins, dans le premier, il y avait un semblant d’idée (cette idée d’une réalité virtuelle, destinée à nous aveugler tandis que nous serions colonisés par une espèce robotique plus évoluée), un côté assez novateur dans le style. Ici, les frères W. ont abandonné le high tech pur pour le mixer avec des vieux symboles rances (l’idée que chacun a une mission précise à accomplir – avec quelques répliques qui tuent tellement elles sont catastrophiques), le tout saupoudré d’une histoire d’amoûûûr à trois cacahuètes.

Franchement très décevant et à la limite du foutage de gueule avec le « à suivre » qui signifie « viendez dépenser vos sous pour voir le troisième épisode que même on aurait pu raconter l’histoire en seulement deux films »…

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