Une affaire privée – Guillaume Nicloux

Le second film de Guillaume Nicloux (Le Poulpe) aurait pu être très réussi, s’il n’avait ce dénouement à la fois prévisible (pour qui a le sens de l’observation) et plat (pour qui s’attendait à des révélations croustillantes.) En dehors, de ce dernier quart d’heure, où l’on comprend avec force déception le fin mot de l’intrigue, le récit qui précède possède assez de style pour intéresser, voire emballer les amateurs de polars.

François, privé avachi (Thierry Lhermitte, convaincant, avec son oeil éteint et sa voix désabusée), se voit confier une banale affaire de disparition : une jeune femme de 22 ans, étudiante, à la vie plus dissolue qu’il n’y paraît au premier abord. De mises en garde anonymes en rencontres louches, l’univers glauque qu’il découvre finit par l’intriguer et le pousse à s’obstiner dans sa recherche d’indices, quitte à entraver le travail de la police…

Disons-le tout net, il s’agit d’un vrai polar, dans lequel la résolution du mystère importe moins que l’ambiance générale. Dans ce sens, le film de Nicloux est très réussi, hommage modeste mais rigoureux (parce que respectueux des codes) aux films du genre. Le privé fume clopes sur clopes, traîne un spleen crasseux, rencontre une galerie de personnages assez intriguants et plutôt réussis (grâce à un beau casting : Marion Cotillard, Robert Hirsch, Bruno Todeschini, Garance Clavel, Jeanne Balibar…), ce qui confère à l’ensemble une véritable atmosphère.

L’aspect glauque (le monde de la nuit : bars bizarres, boîte échangiste) et morbide (la découverte du corps de Rachel) est allégé par un humour noir bienvenu car bien souvent hilarant. On retiendra particulièrement l’apparition courte mais savoureuse de Jean-Pierre Daroussin (qui jouait le Poulpe, justement, dans le premier film de Nicloux) dans le club échangiste. Un dialogue d’anthologie !

Malgré quelques partis pris esthétiques à la signification obscure (notamment les images d’extérieur hyper contrastées), ce film est formellement bien maîtrisé (le flash-back du début fait entrer le spectateur dans l’intrigue, les décors sombres sont déprimants et mystérieux…). Guillaume Nicloux, on en a la preuve après Le Poulpe, a du style.

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